De la convertion à la BD Franco-Belge
-Définition-
Tout d'abord, la BD dite "Franco-belge" définie la BD créée et publiée par des auteurs et éditeurs français ou belges. Par extension, on commence à englober les Fumetti (BD italienne), les Tebeo (Espagne) ainsi que le reste de la production européenne.
L'auteur et théoricien Scott McCloud tenta de définir la BD comme la « juxtaposition volontaire d'images picturales et autres en séquences destinées à transmettre des informations et/ou à provoquer une réaction esthétique chez le lecteur. » (L'Art invisible Edition Vertige Graphic, 1999). Cette approche est communément admise, mais reste en perpétuelle évolution.
-Courants de pensée-
Il existe plusieurs courants de pensée en BD (liste non exhaustive) :
La ligne claire : mouvement initié par Joost Swarte, dessinateur néerlandais, et largement diffusé par Hergé dans Tintin. ‘La ligne claire’ se caractérise par un style épuré, des traits simples et des aplats de couleur. Très peu d’auteurs ont su se plier à cette discipline (dans le sens d’une contrainte) sans y déroger aussitôt.
Par exemple, ‘la ligne claire’ ne se retrouve pas dans toute l’œuvre d’Hergé. Seuls quatre albums (L'Affaire Tournesol, Coke en Stock, Tintin au Tibet, Les Bijoux de la Castafiore) montre l’aboutissement de cette recherche graphique.
OuBaPo (acronyme de Ouvroir de Bande-dessinée Potentielle) est fondée en 1992, en lien avec la maison d’édition indépendante l’Association. Ce mouvement a pour but de casser les codes éditoriales de la bande dessinée franco-belge tel que le 48CC (un album = 48 pages couleurs cartonnées) imposé par les gros éditeurs.
Mais surtout, ces auteurs tentent de créer des BD sous contrainte artistiques volontaires, à l’image du comité Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) et du l’Outrapo (ouvroir de tragicomédie potentielle).
Vous avez compris le principe, il s’agit d’un vaste courant de pensée artistique général regroupé sous le sigle Ou-X-Po (ouvroir d’X potentielle) qui vise à renouveler la production artistique par la contrainte.
Ce mouvement est international, puisque l’on commence à voir apparaître des ateliers de travail aux États-unis et en Grande Bretagne.
¤ Oubapo sur le net ¤
Wikipédia - Une base théorique un peu plus complète
-Par où commencer ?-
Vous n’avez jamais lu autre chose que Tintin ou Léonard. Tout ce que vous avez vu d’Astérix ce sont les dessins animés du studio Citel Video et pour vous, la 'Marque Jaune' restera toujours le meilleur épisode de Black & Mortimer diffusé sur Canal + ?
Tout d’abords, la Bande Dessinée est un loisir de luxe ! N’importe quel amateur vous le dira, Manga ou BD Franco-belge, si vous voulez avec une petite collection d’une centaine d’album, ne comptez pas en dessous de 1 000 euros. (Personnellement, rien qu’en manga, je dois facilement atteindre les 2500€ *_*).
Il ne s’agit pas, bien sûr, d’en acheter pour 1 000 € d’un coup ! Le plaisir d’un collectionneur est l’accumulation et l’effet du temps sur sa perception de certaines œuvres !
Si vous voulez commencer à lire de la BD, allez à la bibliothèque ! Si vous êtes étudiants, c’est encore mieux ! A la bibliothèque municipale de Lyon, un étudiant paie 6€ par an, juste pour emprunter 10 livres pour 3 semaines… autant vous dire qu’on ne parle même plus d’amortissement ! Et dans certaines petites communes, c’est gratuit pour les riverains !
Passons maintenant à un peu plus de concret ? Quoi lire ? Ah Ah ! Cela dépends entièrement de vos goûts. Il y a de très forte chance pour que la/le bibliothécaire ne puisse pas vous aiguiller. Il est dangereux de piocher au hasard, si jamais vous tombez du premier coup sur l’intégral de Hyène… Bref !
Plusieurs possibilités s’offrent à vous. Faites une liste précise de ce que vous aimez comme genre de film ou de livre : action, humour, amour, western, science fiction etc. et rendez-vous chez un libraire spécialisé BD (type Album) mais attention aux FNAC et autres Virgins… ce sont des supermarchés, pas des librairies… Si vous avez de la chance, vous tomberez sur un vendeur qui se fera un plaisir de vous conseiller, même si vous ne désirez pas acheter.
Si vous n’avez pas de librairies spécialisées près de chez vous, ou bien pas de vendeurs compétents, il vous reste l’immense réseau qu’est l’Internet. Cliquez ici pour descendre en bas de l’article, il y a une liste de sites très utiles.
Certains de ces sites possèdent des forums. Sur ces forums, il y a toujours énormément de puristes et d’amateurs de tout genre. Si vous décrivez vos goûts, vous trouverez toujours quelques amateurs près à vous convertir pour tel ou tel auteur !
Enfin, il y a l’ultime solution… le gourou ! Un pote à vous, dont la collection de BD ferait pâlir mon vendeur de manga nancéen (qui, soit dit en passant, doit avoir dans les 2500 mangas…) et qui serait prêt à vous convertir par la lecture de quelques titres finement choisit. Mais ce cas là est assez rare, malheureusement !
Je vais donc vous conseiller quelques titres, histoires de démarrer en douceur, mais il s'agit d'une selection subjective
¤Si vous avez aimé le Seigneur des Anneaux, Narnia et consort :¤
Lanfeust de Troy et Lanfeust des étoiles (sa suite) est une BD d’héroïco-fantasy teintée de parodie avec beaucoup d’humour. Le dessin ne sera pas trop dépaysant pour les profanes astérixien mais gare aux mangavorse habitué à moins de texte et une action plus fluide.
¤Si vous avez aimé "Le cinquième élément"¤"L'incal" de Jodorowsky et Moebius et tout leur spin off. "Arzach" et "Le monde d'Edena" de Moebius.¤Si vous avez aimé "le donjon de Nalheulbeuk"¤
La serie Donjon sans hésitez! Les dessins de la periode Zenith sont sans doute les plus faciles à aborder (cf l'article sur Donjon)
¤Si vous n'aimez rien¤
Essayez à peu près tout ce qu'a écrit Lewis Trondheim, de "Mister O" jusqu'aux "formidables aventures avec et sans Lapinot". Attention toute fois avec son "Lapinot et les carottes de Patagonie"... C'est hyper mal dessinée...
-Vous convertir à la BD Franco-Belge, quand vous êtes mangavore*. Les 10 pièges à éviter.-
* J’entends par mangavore celui qui est un grand consommateur de manga.
1 : le sens de lecture : Vous êtes habitué à un sens de lecture, et vous trouvez fatiguant d’en changer. De part ma propre expérience, je vous assure que passer de l’un à l’autre est une simple question d’habitude et qu’au bout de quelques volumes, vous passerez de l’un à l’autre et vis versa sans plus y faire attention.
2 : Le texte : Cela dépends des séries bien sûr, mais ne vous arrêtez pas au côté « Il y a trop de texte ». Sachez que Moebius a remis à l’honneur la BD muette dans les années 70. Certes, je propose un exemple extrême, mais c’est pour vous prouver la diversité de la BD Franco-belge.
3: Les décors : C’est un fait, les case franco-belges sont beaucoup plus chargés que celles d’un manga (/! J’entends déjà certain me lancer à la figure Nausicäa, c’est une exception, Miyazaki est un admirateur de Moebius (et vis versa) et s’il fut beaucoup influencé par la BD Franco-belge). Il y a donc plus de choses à voir, c’est plus fatiguant (pauvre de vous…) ! Mais vous n’êtes pas des oies qu’on gave, prenez le temps d’apprécier la mise en couleur, les angles, les petits détails cachés (Les auteurs franco-belges aiment beaucoup laisser à leurs fans des petits bonus cachés dans les décors, une obscure référence qui flattera l’initié).
4: Le rythme : La BD franco-belge est largement formatée au format 48CC ( un album= 48 pages couleurs cartonnées) ce qui veut dire que le rythme d’une histoire est beaucoup moins feuilletonesque qu’un manga. L’auteur doit faire passer des messages plus rapidement, et à travers une symbolique différente. Ne vous arrêtez pas à ce genre de détail, c’est la diversité qui fait la beauté du monde ! Le plus souvent, un album= une histoire, dissociable du reste (cf Tintin, Blueberry etc...)
De plus, là où les mangakas sont experts en case tramages fantaisistes pour donner de la vitesse au dessin, les cases franco-belges, sont, dans l’immense majorité, rectilignes. Ce peut paraître rébarbatif, ce statisme, mais pour surmonter cela, il faut entrer dans l’histoire, dans l’univers, et c’est là où –à mon avis- la profusion des décors joue son rôle.
5 : La parution : Là où un mangaka fait 20 pages dans une semaine, un dessinateur peut mettre presque un an pour en faire 48 ! Sans compter le temps de travail du scénariste…
6 : Dessinateurs et Scénaristes : C’est extrêmement courrant en BD Frano-belge, la collaboration entre dessinateur et scénariste est pourtant plus rare au Japon. Ne vous y trompez pas, parfois les dessinateurs changent au cours de la série (surtout si elle est longue). Donjon est l’exemple le plus représentatif : 6 dessinateurs différents rien que dans l’axe principale de l’histoire (je passe sous silence les DM – conférez vous à l’article sur Donjon).
Ce changement de dessinateur, je n’ai pas de cas en mémoire au Japon… (Il se peut que je me trompe, mais l’exception confirme la règle !)
7 : Le prix : Comme je l’ai dit précédemment, la bande dessinée est un loisir de luxe. Même les mangas sont devenus chers. Pour les BD franco-belge, comptait –en moyenne- entre 8 et +€
8 : Tête de tirage et ex-libris : Un peu à l’image des « DeLuxe » japonais, certains titres aux tirages suffisamment importants présente des « tête de tirages », c'est-à-dire, des albums aux tirages limités avec une spécificité particulière : un format plus grand et/ou une autre couverture et/ou un contenu amélioré. Cet album est bien sûr (beaucoup) plus cher. Il ne s’agit pas de rééditions plus luxueuses comme les « Bunko DeLuxe » japonais mais bien de premiers tirages.
Les ex-libris sont des goodies de luxe… Cela va de la figurine en résine (le plastique c’est pour les figurines de Goldorak voyons !) à la carte postale dédicacé, du poster en édition limité jusqu’à la pièce unique. C’est beaucoup moins accessible que les strap Doraemon…
9 : Pour public averti : Quand j’ai commencé à lire des mangas, c’était encore la période des anti-manga : « violent, mal dessinée, que du sexe »… Non mais de qui se moque-t-on ici ?! Vous rigolez ?! Des albums franco-belge que j’ai eu l’occasion de lire, plus des 2/3 étaient franchement penchés sur la chose (Je parle même pas des deux rigolos de service là-dessus : Jodorowsky et Moebius, - cf La folle du Sacré-cœur et un peu l’Incal parfois). Sans parler de tous ces dessinateurs qui disent rêver de sortir un jour un livre de dessin érotique… (j’ai des noms !)
10 : Les genres : C’est sans doute le point de divergeance le plus difficile à surmonter pour les mangavores. Le manga codifie ses genres en fonction du public visé, ce qui simplifie très largement la tâche du lecteur (cf l’article les genres du manga)
Or, la BD franco-belge est peu ou pas codifiée à ce niveau là. On remarque quelques genres principaux tel que la fantasy, l’humour, la science-fiction, le western. Mais on ne peut pas s’arrêter à cette codification, sans risquer de se retrouver avec un genre « Autre » ou « inclassable » très rapidement. C’est à ce niveau là qu’il vous faut vous méfier, et demander conseil à votre pharmacien.
La BD sur le Web
Bulle d'air - Sans doute le site où vous trouverez les critiques les plus intelligentes (en bien comme en mal)NB: J'aimerai que cet article soit en constante évolution pour toucher au plus juste les gens. Si vous avez des suggestions, une correction à apporter ou juste envie de demander conseil, laissez moi un commentaire, j'y réponds toujours!
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